La Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais a annoncé il y a quelques semaines le lancement du Grand Palais Immersif : une filiale dédiée à ses créations immersives telles que Pompéi, que nous avions visitée l’été dernier. L’occasion d’utiliser les nouvelles technologies et de parler à de nouveaux publics. Roei Amit, directeur du numérique de la RMN-GP, nous en dit plus !

Pourquoi avoir créé Grand Palais immersif, une filiale dédiée au sein de la RMN ?

R.A : Il y a deux éléments qui ont conditionné la création du Grand Palais Immersif. Le premier est un effet d’opportunité. Nous avons saisi l’appel à manifestation d’intérêt sur la culture et le numérique proposé dans le cadre du programme Investissement d’Avenirs (PIA). Il s’agissait de proposer des partenariats publics-privés pour imaginer la manière de produire la culture demain, à l’aide du numérique.

Le second nous vient de l’expérience. Dans les faits, la Réunion des Musées Nationaux s’intéresse aux expériences immersives depuis plusieurs années. En 2016, nous explorions de nouvelles formes d’exposition avec Sites éternels qui s’appuyaient déjà sur des technologies numériques pour immerger les visiteurs dans quatre sites archéologiques du Moyen-Orient. Puis il y a eu (E)motion avec l’œuvre cinématographique de Wim Wenders, et dernièrement l’exposition Pompéi. La naissance de Grand Palais Immersif reflète la maturation de ce travail de longue date !

(E)motion de Wim Wenders – Crédits – Grand Palais

Quelle est l’ambition du Grand Palais Immersif ?

R.A : Dans la continuité des missions cœur de la RMN-GP, le Grand Palais Immersif a vocation à partager la culture au plus grand nombre, à parler à un large public – plateforme de collaboration et diffusion. Nous nous appuyons sur des technologies avancées, et le tout avec un cadre économique viable.

Cela signifie-il que l’aspect immersif de vos productions se fera toujours par le prisme du numérique ?

R.A : Oui, parce que nous pensons que les technologies est un support puissant pour favoriser la pédagogie et créer du sens pour les visiteurs. La technologie est de plus très intéressante pour enrichir nos utiles des expressions élargir, renouveler et fidéliser nos publics.

Avec le Grand-Palais Immersif, nous essayons réellement d’être force de proposition selon deux grands axes : la qualité et l’angle de traitement d’un sujet d’exposition ; et les technologies qui peuvent être utilisées pour mettre en avant ce traitement.  

Le sujet reste primordial : c’est le premier élément qui rentre en compte dans la décision d’un visiteur. Nous restons une institution du domaine de la culture d’art et de patrimoine. Nous perpétuons avant tout les métiers fondamentaux de la RMN-GP. La technologie est un moyen : pour Pompéi, nous avons principalement utilisé du mapping en grandeur nature, pour Sites Eternels nous avions proposé des contenus en réalité augmentée … Le choix dépend du besoin, du sens et de la vision de l’exposition.

Quelles sont les grands enjeux dans la production de ces nouvelles expositions ?

R.A : L’un des premiers enjeux consiste à réunir autour d’un même projet des compétences très différentes : commissaires et auteurs, puis la scénographie des éléments multimédias et numériques, des réalisateurs audio-visuels, le design sonore et toutes les compétences techniques de régie ! Il nous faut toujours identifier les bons partenaires pour le bon traitement du sujet.

L’autre sujet est celui du groupement de production pour porter ces nouvelles expositions. A ce propos, nous serons très souvent dans une logique de co-production. C’est très important pour porter la vision du sujet et la décliner, mais aussi pour piloter et gérer les modèles de diffusion de l’exposition. De notre côté, nous apportons l’expertise sur la production et la diffusion culturelle. Nos partenaires, eux, apportent des expertises métiers notamment  technologiques.

Pour notre dernière exposition Pompéi, il y avait 3 co-producteurs : Gédéon programme, RMN-GP, et le Parc Archéologique de Pompei, accompagnés par d’autres partenaires, par ex. Aristeas (spécialisé dans la modélisation 3D de patrimoine).

Et nous avons collaboré avec des artistes & créateurs, et des entreprises pour créer du contenu numérique attrayants : Sylvain Roca pour la scénographie  Olivier Brunet pour la réalisation, Ferdinand Dervieux pour l’expérience en VR avec le concours d’Ubisoft notamment.

Grand palais immersif
L’exposition Pompéi au Grand Palais

Justement, quels sont les premiers retours de Pompeï ?

R.A : Dans l’ensemble, le public a très bien accueilli l’exposition ! Nous avons eu plus de 200 000 entrées, avec des contraintes covid très fortes : jauge limitée, obligation de réservation en ligne, un public international absent pour frontières presque fermées… C’est très encourageant !

Les retours des primo-visiteurs (ceux qui n’ont jamais été voir d’exposition au Grand-Palais) , ont été excellents  ! Les familles de manière générale ont été agréablement surprises à la fois sur le fond, la dimension pédagogique, les éléments immersifs et l’accessible des contenus. La dimension ludique a vraiment fait la différence.

Nous avons aussi des retours qui viennent enrichir nos réflexions. Notre public des habituels a été un peu surpris par la superficie de notre exposition. Nous travaillons habituellement sur de très grandes surfaces d’exposition avec énormément d’œuvres. Ici, la surface était plus restreinte, et les contenus immersifs venaient au support de quelques œuvres. Forcément, certaines personnes demandaient où était la suite de la visite ! (rire). C’est paradoxal puisqu’en terme de contenu, il y en a autant que pour nos expositions « classiques ».

La courte durée et la taille réduite de cette exposition est-elle liée à son modèle de diffusion axée sur l’itinérance ?

R.A : Effectivement, les productions du Grand Palais Immersif ont vocation à être itinérantes et être exposées dans de nombreux lieux d’accueil dans le monde ! Elles pourront aller dans des musées et galléries comme le Grand Palais, ou dans d’autres espaces culturels plus hybrides.

En revanche, il faut nuancer le côté court ou petit format. Pompéi reste une grande exposition qui s’étend sur 1200m² avec un parcours linéaire d’une heure. C’est donc une exposition ambitieuse.

L’aspect itinérant rajoute une contrainte supplémentaire dès la phase de conception. Nous construisons un véritable espace architectural, qui propose une déambulation, et qui doit s’adapter à des contraintes de lieux différents. C’est un véritable défi.

La France a-t-elle une carte à jouer dans les industries immersives dans le monde ?

R.A : Dans le reste du monde, c’est un marché qui se développe très vite, partout, mais avec des traitements différents s. Aux Etats-Unis et au Canada par exemple, nous voyons beaucoup de créations qui s’orientent plus sur le divertissement immersif. Ce ne sera pas exactement notre cas. Il nous faut rester dans notre mission et notre cœur de métier culturel, artistique et pédagogique.

En France, nous voyons bien que l’écosystème commence à se structurer, avec des acteurs comme l’Atelier des Lumières ou le New Images Festival. On voit de plus en plus apparaitre la mention « immersive » associée à des expositions. De nouveaux modèles d’exposition commence à voir le jour, prochainement avec Sensory Odyssey par exemple. L’immersif n’est pas juste une tendance, c’est une transformation de fond qu’il nous faut saisir et le Grand Palais Immersif comptera dans le paysage culturel mondial.

Le New Images festival tient sa 4ème édition cet été à Paris

Vous pouvez retrouver plus d’information sur le site du Grand Palais Immersif.

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