Les récentes fouilles archéologiques de Pompéi ont permis la découverte de nouvelles maisons, de nouvelles œuvres d’arts et objets du quotidien. Nous étions donc mardi dernier en visite privée – et oui, my dear, presque seuls au Grand Palais, pour découvrir la nouvelle exposition de la Réunion des Musées Nationaux dédiée à la cité romaine. Un saut dans le temps immersif plutôt réussi !

L’expérience

A l’entrée de l’exposition, un mur nous fait entrer doucement dans le vif du sujet. On y trouve des citations sur plusieurs siècles faisant référence à cet évènement historique. Par exemple il y a le témoignage de Pline Le Jeune au IIème siècle :

« La nuée s’élançait dans l’air, sans qu’on pu distinguer à une si grande distance de quelle montagne elle sortait […] sa forme approchait celle d’un arbre, et particulièrement d’un pin ».

Passé ce couloir nous entrons dans Pompéi ! Nous sommes dans la ville ! Une installation très haute de plafond (merci le Grand Palais !) qui s’étire sur plusieurs dizaines de mètres au sol.

L’entrée dans Pompéi vue du milieu de l’exposition : plutôt impressionnant non ?

Très vite, on s’arrête pour observer ce qui nous entoure : des projections numériques et des créations sonores. Des objets retrouvés sur le site de fouille. Des explications fournies selon plusieurs formats (son, vidéo, texte) pour accompagner notre montée en connaissance sur le sujet.

Cette longue allée est, en réalité, divisée en deux parties. La première témoigne de l’histoire de Pompéi, de la manière dont on y vivait, de ses habitants. En somme de ce que l’on savait des anciennes découvertes. La seconde partie est contemporaine. Elle met en lumière le travail des archéologue, les nouvelles découvertes, notamment la Maison d’Orion et la maison des jardins, et le Pompéi d’aujourd’hui.

Au centre, le Vésuve, imposant et une très belle statue de femme

Sur les côtés, des renfoncements, invitent le visiteur à découvrir des aspects particuliers de Pompéi : ses fresques, l’état des fouilles, ou encore sa situation économique de l’époque.

Les fresques
A l’intérieur d’un des Domus, des fresques immenses sont projetées. Des miroir encadrent la projection pour donner un petit effet d’horizon infini très sympa !

En une heure de visite, nous avons pu assister à trois éruptions, vu une belle trentaine d’objets, compris que Pompéi

Ce que l’on a aimé

Elle est vivante !

A notre grande surprise, nous nous sommes retrouvés dans une ville animée. En fait, l’exposition est constituée d’une allée principale et de salles annexes ; et la rue principale grouille de vie. Des projections murales reproduisent numériquement les perspectives de l’époque. Nous sommes entourés de bâtiments de Pompéi.

Deux artifices, relativement simple mais très efficaces, contribuent à animer l’espace.

Le premier est la mise en place d’une gestion du temps météo pour toute l’exposition. Ainsi le temps s’écoule, la lumière évolue au gré de la journée et de la nuit pour donner de nouvelles perspectives aux espaces projetés.

Le second est l’implémentation de passants dans l’exposition. Des ombres de personnages sont projetés sur les murs de l’exposition. On y devine des commerçants, des nobles, des enfants qui jouent, des couples, etc. Mais c’est surtout le son qui permet de donner vie à ces passants et à la rue. Avec l’aide du son on comprend mieux les intentions de ces personnages. Le son permet d’augmenter la crédibilité vivante de l’espace. Mais en plus ce son est corrélé au déplacement des personnages. Les murs contiennent des enceintes capables de suivre le mouvement des personnages et ainsi d’avoir une écoute très fine.  

Un exemple avec un habitant qui vient décharger… du vin ? du lait ? A votre avis ?

L’impressionnante explosion du Vésuve

Il est possible toutes les 15 minutes de revivre l’explosion du Vésuve en l’an 79. Arrivée à mi-parcours de l’exposition, le volcan devient visible. Au loin, depuis une maison de Pompéi mis en avant grâce à un jeux de perspectives de deux écrans qui communiquent bien ensemble. Lorsque le volcan entre en éruption, la vie dans Pompéi est douce et agréable. Le ciel est bleu.

Le calme avant la tempête : Pompéi à l’aube d’une catastrophe

Soudain, la terre se met à trembler, un bruit assourdissant gronde, et on peut voir la colonne de fumée s’échapper du volcan. Une pluie battante de pierres Lapilli s’abat sur toute l’exposition. Les personnages de la rue principale ont laissé place à ce déluge, qui bientôt cédera la place au nuage pyroclastique qui emportera tout sur son passage, pour laisser place à un court silence. Avant que l’exposition ne reprenne.

Cette reproduction est très bien faite, prenante, et nous espérions en tant que visiteur, à ce qu’elle englobe l’ensemble de l’exposition pour plus d’immersion. Pari tenu !

Des informations encapsulées dans l’expérience :  

Quatre “Domus” (comprendre des habitations) permettent d’explorer les maisons emblématiques de Pompéi. L’idée est probablement de donner une impression d’entrer dans les habitations, pour y découvrir le savoir ! Chaque Domus a sa spécificité comme mentionné plus haut.

Notre préféré ? Celui sur les fresque de Pompéi (montré plus haut dans l’article). Elles sont magnifiques. Ce sont des moments de respirations et de compréhension en dehors de l’expérience. Les explications données sont claires, les contenus toujours très bien timée (max 5 min.) et intéressants.

J’ai cru reconnaitre un Grominet !

Le musée s’inspirerait-il du jeu vidéo ? Lorsque l’on découvre la Maison des Jardins, l’une des nouvelles maison découverte par les récente fouille, la visite guidée de l’espace comprend une « mini-map » pour s’y retrouver dans cette maison. Un peu comme on peut le voir dans la plupart des jeux vidéo en monde ouvert en fait ! C’est simple, super efficace mais suffisamment rare pour le souligner.

Les UX/UI designers qui voient ça !

D’ailleurs, même la rue animée semble puiser certaine inspiration dans le monde du jeu vidéo. Mais oui, c’est bien un Grominet !

Ce que l’on a moins aimé :

Des sons qui se marchent dessus

Oui, le son marche ; faute d’avoir trouvé meilleure figure de style. Dans certaines salles annexes, les explications sont narrées avec un volume sonore tel qu’il vient nuire à l’animation de la rue principale. C’est dommage, parce que cela rompt l’immersion. De plus, cela nous a gêné à plusieurs moments pour lire certains panneaux explicatifs, ou même pour écouter d’autres contenus présentés. Dommage, d’autant qu’il existe désormais des solutions d’isolation phoniques efficaces !

Une immersion relativement légère 

Si l’allée principale et l’explosion du volcan sont bien retranscrites, nous aurions peut-être attendu un peu plus d’une exposition de cette envergure qui se revendique comme immersive.

Les émotions ressenties sont encore trop limitées par le cadre classique muséal. Passé la surprise de la découverte du lieu, et la joie de découvrir certaines animations, les émotions ressenties sont encore trop peu mises en avant. Il y a bien une tentative de nous faire ressentir le choc avec la coulée pyroclastique qui détruit tout sur son passage, mais elle est trop rapide pour être marquante. C’est dommage, il y a matière à faire sur un tel phénomène.

Les dispositifs immersifs sont eux même assez limités, bien que suffisants ! Nous nous demandons toujours comment aller plus loin sans forcément avoir le brief créatif et les contraintes réelles du projets. Dans cet exercice fictif, on se demande s’il n’aurait pas été possible de diffuser une odeur qui rappelle les cendres au moment de l’explosion ? De même, comment faire ressentir le souffle de l’explosion ? Enfin, comment aurait-on pu mieux mêler ces projections numériques à une scénographie plus physiques ?

Nous passons un bon moment dans l’exposition, mais celle-ci se montre encore trop timide sur ces éléments.

L’immersion n’est pas totalement mise au service de l’apprentissage

La ruelle animée permet d’appréhender par l’expérience, ce à quoi pouvait ressembler l’atmosphère de l’époque. C’est très riche d’apprentissage sans pour autant disposer d’un texte ni même de voix qui viennent nous expliquer ce qu’il s’y déroule. En revanche, la plupart des apprentissages à retenir sont présentés dans des salles annexes et reprennent des formules déjà éprouvés dans la plupart des musées : documentaires projetés, fiction filmée avec des acteurs à l’écran, etc. Cela étant, les pièces retrouvées sur le site sont magnifiques, et suffisent parfois à parler d’elles-mêmes.

Conclusion

Pompéi est une exposition à découvrir ! Nous n’avions pas été séduit par la version en ligne, “Pompéi chez vous”, proposée lors du confinement, mais l’installation physique du Grand Palais impressionne. On y trouve un équilibre intelligent entre l’informationnel et l’expérience, sans tomber dans l’écueil du divertissement superflu. Pour autant, cet équilibre est parfois dérangeant tant il crée une séparation nette entre la partie expérience et la partie pédagogique, là nous aurions aimé avoir les deux en même temps ; au service de l’un et de l’autre.

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