De quels futurs rêvons-nous ? Nous imaginons facilement un futur à la black mirror, mais à quoi ressemblerait l’inverse ? C’est-à-dire à quoi ressemble un futur imaginé par vous, et qui vous donne des étoiles dans les yeux ? C’est ce qu’explore James Estrada avec son projet Dreaming Collective. Nous l’avons interviewé pour en savoir plus !

Bonjour James ! Peux-tu nous Dreaming Collective ?

Dreaming collective est un projet de design spéculatif qui s’appuie sur nos rêves pour libérer nos imaginaires. Le projet cherche à explorer en contre-pied nos futurs tels qu’ils sont pensés actuellement. Typiquement, personne ne rêve d’une super application ou du prochain téléphone… Pourtant c’est souvent par cette approche que notre futur est dessiné, et là où où nous passons énormément de temps chaque jour ! Je m’intéresse donc à des alternatives low-tech, durables, inclusives.

Concrètement, je mène des entretiens auprès de personnes dans le monde et je leur demande de me raconter leurs rêves.

Comment en es-tu arrivé à créer le projet Dreaming Collective ?

Initialement je suis UX designer. J’ai beaucoup travaillé dans l’innovation, la création de services et de produits. Les trois grands piliers utilisés pour la création de service en design sont la désirabilité, la faisabilité et la viabilité (schéma). Une frustration émergeait toutefois de ces différents projets : le solutionnisme technologique ! Pour chaque problème, les solutions envisagées sont systématique une application ou une technologie.

J’ai voulu faire un pas en arrière, et explorer non pas le désir, mais les rêves…

Pourquoi s’intéresser aux « rêves » plus qu’aux désirs ?

Nos désirs sont largement influencés par tout ce qui nous entoure : les films, les séries, les publicités, les applications, les réseaux sociaux… Or toutes ces représentations sont conçues dans une démarche marchande : de la captation de notre attention en ligne, aux vitrines éclatantes dans la rue, les images retouchées dans les magazines ou des productions hollywoodiennes. Ce n’est pas neutre ! Je me suis donc demandé quel espace de notre imagination était le moins affecté par ces forces extérieures. Les rêves sont ce véhicule de nos aspirations !

Comment en es-tu arrivé à cette conclusion ?

Un des points initiaux de ma réflexion est le travail de Walter Benjamin et sur les passages parisiens qui ont émergés au XIXème siècle [les passages commerçants traversant les immeubles qu’on trouve encore principalement dans le 9ème arrondissement]. Il les analyse comme des lieux où la « flânerie » et le lèche-vitrine a été inventé comme nouvelle activité, comme du loisir. Le seul but est de déambuler dans des endroits où des produits sont mis en scène. L’architecture, les vitrines, l’idée même de cette activité reflètent une idéologie, celle de la consommation ! Il analyse comment l’idéologie crée les usages et les imaginaires.

J’ai interprété tout cela avec mon regard de consultant en innovation, de designer d’expérience ! Comment peut-on utiliser le design autrement que pour répondre à du désir « pré-fabriqué » ? Quelles pourraient être des sources d’inspiration totalement renouvelée ? Comment apporter un regard non technologique à ces aspirations ?

Comment trouves-tu ces « rêveurs » ?

Quand j’ai lancé ce projet cet été, j’ai pensé que j’aurais surtout des personnes de mon entourage plus ou moins direct. En fin de compte, très peu !

Je cible des artistes ou des designers, soit des personnes qui sont déjà créatrices d’imaginaires, et qui s’intéressent à ces questions.

Pour les recruter, c’est aujourd’hui assez facile ! J’ai fait des campagnes sur instagram, avec des hashtags comme #DesignThinking, ou auprès de ceux qui suivent l’entreprise Ideo par exemple. Sur Linkedin, j’ai créé une fausse campagne de recrutement pour des « stratèges du rêve ». Pour 150$ de publicité, j’ai eu 150 candidatures ! Cela fait aussi un effet de filtre naturel, avec des personnes qui me contactent et qui sont déjà très intéressés par la démarche et ont envie d’y prendre part.

L’annonce pour recruter des “rêveurs” sur Linkedin

En quoi ces interviews de Dreaming Collective se rapprochent-elles ou se différencient de ton travail d’UX ?

Je m’appuie beaucoup sur les méthodes d’entretien en UX : je pose des questions les plus ouvertes possibles pour orienter le moins la personne.

En revanche, la finalité n’est pas du tout la même ! Parce que dans un travail d’UX, le but est de parler à des utilisateurs d’une produit ou d’un service pour comprendre les usages, les besoins, les points de friction, trouver des problèmes à résoudre. Dans Dreaming Collective, je n’interviewe pas les gens en tant qu’utilisateur, mais en tant que personne !

Quelles sont tes autres sources d’inspirations ?

J’en ai plein ! J’en ai aussi beaucoup qui sont issues de mes interviews réalisées pour le projet. Mais pour n’en citer que quelques-uns, il y aurait Naomi Klein, pour qui la plus grande réussite du néo-libéralisme a été de coloniser nos imaginaires… Mais je suis beaucoup plus optimiste qu’elle !  Dans la même veine, pendant Occupy Wall Street, il y avait des pancartes qui disaient « il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ». Ou encore, une artiste que j’ai interviewé au Ghana qui veut décoloniser le monde de l’art et ouvrir les musées !

Où en est le projet Dreaming Collective aujourd’hui ?

Aujourd’hui j’ai plus d’une trentaine d’entretiens ! Ils sont issus des quatre coins du monde : aux Etats-Unis, mais aussi au Brésil, au Ghana, en Indonésie…

Je ne m’étais pas fixé un nombre particulier d’entretiens à mener. En général, je m’arrête quand je commence à voir des schémas. C’est ce qui se passe en ce moment, avec des thèmes récurrents qui reviennent.

Pour autant, je vais continuer ces entretiens. Pour moi c’est une forme de thérapie collective ! Je suis aussi convaincu que cette démarche de libération des imaginaires doit se faire collectivement, au-delà des frontières et des continents. Or jusqu’ici j’ai été amené à rencontrer des gens largement au-delà de mon propre cercle, c’est top !

Quelles sont les suites pour Dreaming Collective ?

Pour l’instant, ce n’est pas totalement fixé. Maintenant que des patterns apparaissent, je veux en faire en restitution collective, donc en ligne, mais la forme reste à imaginer !

Merci à James pour son temps ! Si vous voulez suivre Dreaming Collective, vous pouvez le retrouver sur son site, sur Linkedin et sur Instagram

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