Pour la 3ème année consécutive, et malgré le contexte incertain lié à la pandémie, le NewImages Festival s’est tenu à Paris. L’ambition ? Se faire rencontrer les publics autour d’œuvres qui explorent les mondes virtuels et les nouvelles narrations. Nous nous sommes plongés dans une dizaine d’œuvres parmi la trentaine présentées et nous avons pu échanger, entre autres, avec avec Michael Swierczynski, directeur du festival, sur cette édition spéciale !

Le NewImages Festival en expérience

Le NewImages Festival fut l’occasion pour nous de remettre moult casques de réalité virtuelle sur le nez pour explorer des univers toujours plus fascinants ! L’expérience la plus “ché-per” est probablement Spaced Out, notamment parce qu’elle se déroule dans… l’eau !

Le trailer de Spaced Out

Spaced Out : l’immersion à l’état pure

Notre estomac, d’abord paniqué à l’idée d’une combinaison Casque de Réalité Virtuelle + Remous, n’aura pas été en vrac – au contraire ! Casque (de réalité virtuelle), tuba et flotteurs en place, on se lance dans l’eau – le corps flottant oscillant entre sensations du réel et espace virtuel. Sentir que son corps flotte physiquement et s’évader dans un monde virtuel est une sensation très agréable grâce à une réalisation impeccable. L’expérience est en soi un voyage psychédélique, abstrait, mais doux et agréable. Comme l’a rappelé Pierre “Pyaré” Friquet – à l’origine du projet – c’est une vraie immersion, tant physique que cognitive. D’ailleurs, c’est par ce biais que nous l’avions défini il y a déjà 2 ans !

Fragments : l’expérience manquée du NewImages Festival

Nous étions très curieux de l’expérience Fragments en réalité mixte. C’était pour nous l’occasion de mettre ENFIN la main, et la rétine, sur le Magic Leap One !

Le trailer de Fragments

Dans Fragments, on revit les souvenirs partagés d’un couple – séparé par la mort du mari. La direction artistique est surprenante, avec des corps composés de multiples fils lumineux qui finissent par donner corps aux protagonistes, et l’histoire semble tenir la route. Nous disons bien “semble”, car nous n’avons pu pleinement profiter de cette expérience.

D’une part parce que le Magic Leap dispose d’un champ de vision trop réduit qui nous pousse à bouger la tête toutes les deux secondes pour reconstituer l’image en entier (cimer le casque à +2000€) ; d’autres part parce que les conditions de l’expérience n’étaient pas optimales : pas d’écouteurs pour le son qui se disperse sans nous couper du bruit ambiant ; salle de visionnage comme décor qui ne va pas avec l’ambiance ; un calibrage interminable du casque… Au final, nous en sommes ressorti très déçus. Néanmoins curieux de voir ce que cela donne dans un autre cadre (et avec une autre techno ?).

THE révélations sont MOA : My Own Assistant et Ferenj : A Graphic Memoir in VR.

Nous en parlions dans notre dernière newsletter, ces deux expériences nous ont touchés et se sont démarquées du reste de la programmation. MOA : My Own Assistant est basé sur le roman Les furtifs d’Alain Damasio. Nous nous sommes retrouvés à arpenter le carré des Halles, casque audio sur les oreilles, accompagné une assistante personnelle virtuelle en réalité augmentée qui nous conseille sur nos choix de vie. L’application dénonce les dérives d’un monde capitaliste néolibéral qui en plus de nous pousser à la consommation, creuse les inégalités de la société. Plutôt ironique de le vivre dans un centre commercial donc !

Ferenj: a Graphic Memoir in VR, bien que plus poétique est tout aussi engagée. Ce film en réalité virtuelle nous emmène aux Etats-Unis puis Ethiopie suivre Ainslee… Elle nous raconte la difficulté à se raccrocher à sa culture lorsque l’on est métisse – et donc jamais considérée comme membre à part entière d’une communauté.

Le trailer de Ferenj

Les œuvres primées au festival :

Bodyless reçoit le Masque d’Or pour la meilleure œuvre en réalité virtuelle (Grand Prix) Doté de 6000€ . Nous n’avons pas pu le visionner, mais toutes les personnes avec qui nous avons échangé ont été unanimes, c’est une pépite !

Deux Prix spéciaux du Jury ex-aequo pour des œuvres en réalité virtuelle, dotés de 3000 € : Ferenj et Gravity VR . Nous n’avons pas pu découvrir Gravity VR mais l’oeuvre semblait très singulière et complétement barge !

MOA : MyOwnAssistant reçoit le Prix spécial du jury pour une œuvre en réalité augmentée, Doté de 3000 €

A City of Foxes, a reçu le prix du meilleur projet en développement. Expérience mélangeant réalité virtuelle et théâtre immersif de Nihaarika Negi produite par Tamanoir Immersive Studio.

Notre interview avec Michael Swierczynski, directeur du NewImages Festival

Bonjour Michael, pouvez-vous nous raconter l’ambition du NewImages Festival ?

M.S : Le festival du NewImages a pour ambition de défricher les tendances, dénicher les nouveaux créateurs et de démocratiser des nouveaux usages. Nous explorons le futur du storytelling. Aujourd’hui cela se manifeste principalement par les nouvelles technologies immersives, mais cela ne sera pas nécessairement toujours le cas !

Nous explorons des nouveaux mediums, et encourageons l’expérimentation. Mais nous ne sommes pas dans la prophétie de ce qui se fera demain ! Concrètement, cela veut dire que nous ouvrons le festival à des œuvres en réalité virtuelle, en réalité augmentée, mais aussi sonores par exemple. La partie “grand public” du festival est gratuite pour le rendre le plus accessible possible. Le festival se déroule en partie entre les murs du Forum des images, mais également en plein air sous la canopée des Halles. Avoir ces œuvres gratuitement dans un lieu de passage permet à un public non averti de les découvrir !

Enfin, pour faire grandir l’écosystème, nous avons également lancé depuis l’année dernière le XR market. Il permet de structurer la filière en créant des opportunités de rencontres entre producteurs et decision maker. D’ailleurs un des projets sélectionnés en 2019 a été primé au Venice VR, ce qui prouve l’utilité de ce dispositif !

2020 est une année particulièrement bousculée pour les festivals, comment vous êtes-vous organisé pour cette édition ?

M.S : Le Festival NewImages se tient habituellement en juin. En mars, tout était prévu, et la programmation était centrée sur l’Afrique. Nous avions notre programme, nos invités, les œuvres… Tout a dû être annulé ! Nous avions alors plusieurs choix : reporter en 2021 ou digitaliser le festival.

Aucune de ces deux options nous convenait, nous avons donc décidé de l’organiser en septembre. Compte tenu des restrictions de voyages, impossible de maintenir notre programme africain. Nous avons donc recréé très rapidement un nouveau programme de toutes pièces ! Nous avons été assez audacieux, avons osé maintenir le festival, et le réorganiser en tenant compte des contraintes sanitaires. C’est dur, parce que cela demande autant – voire plus – de travail, pour une jauge réduite. Nous avons malheureusement perdu beaucoup de sponsors – sauf du secteur public, ce que je tiens à souligner !

Mais aujourd’hui, nous sommes fiers car le pari est relevé !

Les passant découvrent le festival sous la canopée

Vous avez donc voulu garder un festival en physique et l’augmenter avec en digital ?

M.S : Oui totalement !

Nous avons pensé le festival en 3 étages. Le premier était de reproduire le festival physique en intégrant toutes les contraintes sanitaires. Nous sommes des fans du virtuel, mais la rencontre physique a quelque chose d’irremplaçable. Nous pensons que cela vaut déjà le coup que l’écosystème français et européen puisse se voir ! Par ailleurs, nous passons déjà tous beaucoup de temps dans des rencontres virtuelles, et nous voulions éviter un effet de saturation.

Le 2ème étage est le festival numérique, et d’intégrer ce qui est aujourd’hui techniquement « facilement » implémentable : les visio-conférences, le livestream. De ce point de vue, nous n’inventons rien, ces technologies existent depuis longtemps. La vraie contrainte ce sont les fuseaux horaires pour se faire parler en même temps des intervenants asiatiques, européens et d’Amérique latine !

Et le 3ème étage, c’est du pur défrichage ! Nous voulons mêler expérience physique et digitale en live. C’est ce que nous avons tenté avec le spectacle de danse d’ouverture Flame. Ce spectacle pouvait se voir au Forum des halles, et en même temps en réalité virtuelle depuis chez soi – pour ceux qui possèdent un casque. Ces participants pouvaient voir la danseuse, dans un décor spécifique, se déplacer autour d’elle, etc. C’est un premier test, et c’est embryonnaire, mais cela reflète bien notre démarche de défrichage du NewImages !

D’ailleurs, en tant qu’acteur de l’évènementiel, quel regard portez-vous sur ce mélange physique et digital ?

M.S : C’est un sentiment très partagé ! Nous avons vu d’une part l’aspect « bénéfique » du confinement, qui a fait gagner des années en termes d’usage sur les outils à distance ; en ce qui concerne les écosystèmes du virtuel à proprement parler, nous avons vu une vraie envie pour les acteurs de se rassembler ! Il y a eu le Laval Virtual qui s’est entièrement déroulé en réalité virtuelle pendant le confinement par exemple, ou le Venice VR Expanded qui s’est tenu dans plusieurs villes du monde en même temps il y a quelques semaines.

Ensuite, là où j’ai vraiment des attentes, c’est sur ce fameux mix entre physique et virtuel : comment peut-on créer des performances lives qui aient du sens dans ces deux mondes ? Comment ne pas nuire au spectacle en scène tout en interconnectant tout le monde sans frontières ?

Quel est selon vous l’avenir autour de ces usages ? Quels seront les points de bascule ?

M.S : Nous sommes beaucoup à attendre le vrai tournant de la VR sociale. On sait qu’un acteur comme facebook dispose à la fois la technologie et la communauté pour être en mesure de le faire advenir.

Le triptyque gagnant c’est la maturité technologique, de contenu et d’usage. En ce qui concerne la réalité virtuelle, les technologies sont assez avancées, le contenu arrive mais l’usage n’est pas encore là.

Pour la réalité augmentée, on attend surtout la technologie, avec les lunettes augmentées ; il y a eu l’échec des google glass, la déception du Magic leap, mais Apple s’y intéresse aujourd’hui vraiment. Ils pourraient être très moteurs là-dessus. En termes de contenu sur cette technologie, on commence tout juste à voir des créateurs qui s’en emparent et créent des narrations fortes comme dans Fragment exposé au NewImages par exemple.

Enfin, sur le video-mapping, on voit avec le succès incroyable de l’Atelier des Lumières qu’il y a une appétence très forte  du public ! C’est tout de même assez étonnant. Il y a certes de la projection de très haute qualité, mais il n’y a aucune interaction, ni de narration… Un grand point de bascule selon moi sera le jour où il y aura un lieu fixe dédié à l’immersion au sens large, autour de ces trois piliers : technologie, narration, interactivité. Le seul lieu qui s’en approche aujourd’hui c’est Borderless de TeamLab à Tokyo, mais sans la couche narrative !

TeamLab borderless
Teamlab Borderless à Tokyo : plus de 10 000m2 du collectif de designers est devenu avec 2,3 millions de visiteurs en 2019 le musée d’un seul artiste le plus visité au monde

Quels sont les pôles émergents dans le monde autour des nouvelles technologies et créations ?

M.S : Taiwan est un pôle depuis plusieurs années : ils ont à la fois des talents, des budgets et de la technologie… Le festival cinématographique de Kaohsiung a une partie dédiée à la Réalité Virtuelle et propose toujours d’excellentes œuvres.

En Afrique, nous avons noué des liens avec le Digitalab Africa. Ils animent un écosystème très vivant en Afrique du sud. Pour ce qui est de l’Amérique latine, tout a été arrêté très brutalement avec la pandémie qui y est malheureusement très violente. Il y a bien sûr beaucoup de choses en Amérique du nord, mais dans le cadre de notre festival, nous essayons de mettre en valeur des plus petits acteurs.

Comment le forum des images anime-t-il l’écosystème au-delà du festival du NewImages ?

Nous avons un fil rouge à l’année, avec les « Samedis de la VR » que nous organisons avec nos partenaires historiques, VRrOOm et Diversion Cinéma. Ce sont des séances de réalité virtuelle ouvertes au grand public. A moyen terme, nous aimerions intégrer davantage de scénographie pour accueillir les œuvres, ainsi que de la réalité augmentée.

NewImages
Les samedis de la VR – Design graphique ABM Studio – Visuel Collection Christophel sauf masque © Antoine Doyen et Virtual Virtual Reality © TenderClaw

Tous les deux mois environ, nous organisons également des master class. Nous y invitons des créateurs à partager leur travail et l’envers du décor.

Enfin nous participons au Novembre numérique porté par l’Institut français. On retrouve aux quatre coins du monde des ateliers, des débats, des formations autour des nouvelles créations numériques !

Nous aimerions à terme également organiser une journée annuelle de réflexion sur les enjeux plus philosophique et politique !

Merci à Michael pour son temps et au NewImages Festival pour cette nouvelle plongée immersive !

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