Le succès de L’Atelier des Lumières, à Paris, est un signal fort de l’engouement du public français pour les expériences immersives. De l’autre côté de l’Atlantique, une pratique alternative se développe : des expériences immersives pour magnifier son compte Instagram ! Welcome to Instammersion.

Les réseaux sociaux tuent l’immersion

Hide&Seek, Color Factory, Happy Place, The Museum of Ice Cream sont des expériences qui cartonnent outre-Atlantique. Bien souvent éphémères, ces créations voyagent de ville en ville pour vous permettre de trouver un compromis entre votre besoin de vivre des expériences atypiques et l’envie de les partager sur les réseaux sociaux.

La Color Factory de NYC – Credits : Apartment Therapy

La recette est souvent la même : un thème tendance (de type retour en enfance), des décors plutôt marrants et colorés, et une incitation à prendre des photos. C’est top, la lumière est souvent parfaite pour les photos. (Il n’y a qu’à voir notre bonheur ci-dessous). On s’amuse… enfin, un peu.

En fait, on n’arrive pas à lâcher complétement prise pour profiter pleinement de l’expérience. Retourner dans l’enfance prend des allures de shooting photos sur une balançoire avec un gros hashtag en néon derrière… c’est ça l’enfance, vraiment ?! Ce n’est pas cohérent avec ce qui nous est promis.

Les créateurs de ces expériences ont compris qu’une partie de notre bonheur est tributaire de notre image sur les réseaux, et ils en jouent. Mais on se rapproche plus d’une expérience qui fait le jeu de l’économie de l’attention plutôt que d’une expérience authentique où vous allez réellement vivre quelque chose d’unique.

Car l’immersion requiert une authenticité

Le nombre d’expériences dîtes immersives a explosé depuis quelques années. Elles nous transportent dans une réalité alternative. Elles créent un cercle magique, qui une fois franchi, vous coupe du quotidien. A paris, des expériences comme Close ou The Live Thriller tentent de vous entrainer dans cette magie.

Nous pouvons désormais nous immerger volontairement dans des univers tous plus fous les uns que les autres. Et cela, sans forcément mettre un casque de VR façon Ready Player One.

Ready Player One Trailer – Credits : Trailer FR

Dans ces expériences, vous passez la barrière du spectateur pour devenir un véritable participant à une œuvre, avec bien souvent un coté interactif. Plutôt que d’être assis sur un strapontin à regarder deux acteurs, vous voilà dans une pièce entourée d’acteurs qui jouent à quelques centimètres. Ces expériences sont intenses et le degré d’immersion est élevé : nous en ressortons souvent avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’unique sans pouvoir forcément l’expliquer.

Cette forme d’extase a un prix : elle requiert de se donner à fond, avec authenticité dans l’expérience. Il vous faut être vous-même, pour aller chercher ce que l’expérience à vous offrir. On atteint alors un état proche du flow que l’on peut observer dans les jeux vidéo : nous perdons la notion de temps, parfois d’espace, pour être complétement absorbées par l’expérience et la vivre pleinement.

Or Instagram tue l’authenticité, donc Instagram tue l’immersion et l’expérience CQFD

Si nous sortons notre téléphone, le charme est rompu, nous sortons du cercle magique. Sortir son téléphone, c’est passer de nouveau pour un spectateur puisque l’on crée, par un écran, une nouvelle distance entre l’œuvre et soi-même, surtout si on est nous-mêmes sur la photo : est-ce que la lumière me met en valeur ? Est-ce qu’on voit mon bouton ? C’est quoi cet angle qui me fait un double menton ? Est-ce que j’ai l’air cool, de profiter sans avoir un sourire ni figé ni qui montre trop mes dents ?

Sortir son téléphone, c’est revenir dans le monde réel puisque nous pensons potentiellement à l’impact que la photo pourra avoir sur les réseaux. On passe alors de l’immersion à l’émersion. Nous sortons, volontairement de l’immersion.

Enfin, sortir son téléphone, c’est bien souvent se mettre en scène, pour être beau, là ou l’immersion vous demande de l’authenticité, de lâcher prise et d’être tout simplement vous-même !

Il semble donc véritablement difficile de concilier notre soif d’aventures authentiques et de création de notre identité numérique sur les réseaux. Vivre pleinement un moment et en même temps penser au nombre de like que cela va générer dans le futur est incompatible. Peut-être que ces expériences devraient reconsidérer la notion de partage. Dans l’enfance, on s’amusait entre potes, à faire tout et n’importe quoi à partir de rien… On s’imaginait des rôles, on courrait, on ne pensait à rien, c’était peu, mais c’était un bon moment de partage…et plus immersif que ces lieux.

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