Si je vous dis « Afrique », vous pensez… ?

Telle est la question qui introduit l’expérience de Kariakoo, une création au croisement entre réalité virtuelle et installations.

Car les représentations de l’Afrique restent très connotées entre safaris, Roi lion, savane, pauvreté, guerres… voire inexistantes. Bref, un tableau soit rural, soit dangereux. Il y a bien plus à explorer, avec une urbanisation galopante, une explosion démographique (alors que la population vieillit partout dans le reste du monde), l’innovation frugale et mobile est une source d’inspiration pour les industries européennes et américaine, etc.

Kariakoo est une expérience immersive qui vise à mieux rendre compte de cette réalité des grandes villes africaines ! Nous avons pu échanger avec Ola Mirzoeva, qui a produit l’expérience avec une équipe internationale entre Dar-el-Salaam, Londres et Toronto.

Bonjour Ola, peux-tu nous présenter Kariakoo ?

Kariakoo est le nom d’un des quartiers les plus dynamiques de Dar-el-Salaam, une ville de plus de 4 millions d’habitants sur la côte tanzanienne. Dar-el-Salaam est une des plus grandes villes d’Afrique, et la 2ème ville à plus forte croissance dans le monde et pourrait même atteindre 70 millions d’habitants à la fin du siècle !

C’est une ville très dynamique, où la modernité et la créativité s’expriment partout, spécifiquement dans ce quartier ! Or très souvent, on s’imagine les villes africaines comme très pauvres, dangereuses, sous-développées.

En travaillant avec des habitants et la compagnie de production locale, Rehobooth Studios, sous avons donc créé cette expérience immersive. Elle plonge des participants, qui vivent à des milliers de kilomètres de là, dans le cœur de la ville pour se faire une idée tout autre de ce qu’est une ville en Tanzanie.

Kariakoo donc est à la fois un documentaire en réalité virtuelle sur le quartier éponyme, et une installation composée d’objets de la vie quotidienne : des tapis, de la décoration ou des oeuvres d’art données par des membres de la diaspora tanzanienne.

Kariakoo mêle réalité virtuelle et installation
Un participant au coeur de l’installation

Comment t’est venue cette idée ?

Lorsque je travaillais en Tanzanie pour le Haut Commissariat du Canada, le contraste entre les images proposés par les médias occidentaux et la réalité du terrain m’ont marquées. Ma famille m’appelait en me demandant “Comment est ton voyage ? Es-tu en sécurité ? Fais-tu un safari ? Ca doit être beau !” La Tanzanie est un beau pays et peu risqué, mais a aussi une autre facette ! Celle d’un développement bouillonnante, loin des concept occidentaux “d’ordre” et de “développement” !

Kariakoo
Un aperçu de Dar-el-Salaam

Pourquoi la réalité virtuelle ? Et pourquoi avoir intégré une installation physique autour ?

La réalité virtuelle est tout simplement le meilleur medium à ce jour pour pouvoir plonger à distance des gens dans un lieu qui se trouve à des milliers de kilomètres ! Nous avons testé avec cette installation complémentaire, des odeurs d’un thé au lait, de simples bancs en bois sur lesquels s’asseoir et une tente à partir de tissus traditionnels. Notre volonté initiale n’était pas de réaliser un documentaire en réalité virtuelle, puis de trouver un sujet ; c’était bien de rendre compte de la meilleure façon possible de l’ambiance d’un lieu existant, puis de trouver le bon media.

C’est aussi un medium qui n’est pas si commun : pour de nombreuses personnes qui prennent part à notre expérience, c’est la première fois qu’ils la testent. Il y a forcément un effet waouw !

Enfin, les installations physiques permettent de créer une expérience à part entière. Elles encadrent le documentaire, et donnent plus de matière à l’ambiance de la ville que nous souhaitons recréer.

Quel est le parcours utilisateur de Kariakoo ?

Honnêtement, au départ nous n’avions pas réellement designé de parcours ! Cela s’est plutôt créé au fil des expériences, au fil d’itérations et de retours des utilisateurs.

Les participants arrivent, par petits groupes de quatre, et nous commençons par leur montrer des images stéréotypes de l’Afrique, prises par notre partenaire Mtaani Maskani, Andrew Mahiga et travaillées par notre directeur créatif Ruhina Bharmal. Parfois nous enchaînons directement la conversation et nous leur demandons d’écrire les images qui leur viennent en tête lorsqu’on leur parle de Tanzanie ou d’Afrique. En général ce sont des images soit de nature – savane, safaris, animaux sauvages – soit de pauvreté et de ruralité.

Puis nous les invitons dans l’installation qui cherche à recréer l’ambiance du maskani, ce café de fin de journée typique de la côte tanzanienne, où on discute de tout et de rien. Un maskani est d’ailleurs représenté dans le documentaire. Il peuvent alors enfiler un casque de réalité virtuelle et découvrir le film qui dure 11 minutes.

Après le film, ils se retrouvent à nouveau dans cette ambiance de café, et ils discutent spontanément de leur expérience et de leurs ressentis ! Ils posent aussi souvent beaucoup de questions. L’installation physique y joue clairement un rôle !

Maskani - Kariakoo
Un maskani à Dar-el-Salaam

Qui est la cible de Kariakoo ?

La cible pour cette expérience est très spécifique : ce sont des organisations ou des acteurs qui veulent en savoir plus sur Dar-el-Salaam, la Tanzanie ou même les villes africaines en général.

Nous nous adressons par exemple à des investisseurs qui s’intéressent aux marchés émergents. Nous avons ainsi créé un partenariat avec Social Venture Exchange l’année dernière pour faire vivre l’expérience à leur panel de discussion. Des investisseurs à impact qui promeuvent leurs fonds en Afrique et dans d’autres économies émergentes ont ainsi une meilleure connaissance et empathie envers ces territoires.

Ce sont des personnes qui s’intéressent à la région, mais qui ne la connaissent pas bien, et qui n’y sont pour la plupart jamais allés. Leurs représentations sont assez floues, mais ils sont demandeurs d’en savoir plus, sans forcément avoir le temps de se rendre tout de suite sur place.

Or le contenu du film est très pertinent pour comprendre ces dynamiques. Nous nous sommes appuyés sur les travaux Benjamin Kirby, un chercheur qui travaille sur le terrain pour comprendre les dynamiques religieuses, économiques et quotidiennes des habitants du quartier. C’est ce qui a constitué notre inspiration sur le scénario de l’expérience.

Kariakoo
Ola avec des participants

Quel est l’impact de Kariakoo ?

Comme je vous le disais, notre cible est très spécifique : notre impact n’est pas à large échelle ! En revanche, les participants nous disent eux-mêmes qu’ils ont une image bien plus claire de la dynamique du quartier et de la ville ou qu’ils voient les choses différemment. Ils nous disent parfois que l’énergie de Kariakoo leur rappelle leur quartier en Inde ou en Jamaïque, ce qui est une nouvelle façon très excitante de lier la diversité des cultures ici à Toronto. C’est un regard inattendu du projet !

C’est une chose de dire que les villes africaines sont dynamiques, mais c’en est une autre d’être plongé dedans. Notre volonté est vraiment de changer l’imaginaire autour de Dar-el-Salaam, et plus largement de la Tanzanie. Visiblement, cela fonctionne bien pour ceux qui ont pu participer à Kariakoo !

Comment vois-tu la suite de Kariakoo ?

Cela nous a pris un an et demi pour produire l’expérience. Nous aimerions continuer à faire tourner l’expérience, et passer à l’échelle, auprès de musées et d’espaces publics notamment.

Merci à Ola pour son temps, et nous espérons pouvoir un jour vivre l’expérience !

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