Il y a quelques mois, nous rencontrions l’équipe de Diversion cinema pour vivre des expériences en réalité virtuelle. Nous entamions une discussion avec Marc et Camille Lopato, les deux dirigeants, sur la naissance de Diversion cinema, leurs actualités et leur vision de la réalité virtuelle en tant qu’industrie naissante. L’occasion pour nous de vous présenter un peu plus cet acteur clé dans l’industrie française de la réalité virtuelle.

L’aventure est presque romanesque. L’histoire de Diversion cinema débute dans la cave d’un restaurant parisien. Après s’être essayée à la réalité virtuelle fin 2015, Camille décide d’acheter huit casques Samsung Gear pour créer une mini salle de cinéma réalité virtuelle en sous-sol ! Le public répond positivement et l’espace est souvent rempli. Lorsque Camille invite l’équipe du Marché du film du festival de Cannes, cette dernière, intriguée, expérimente cette nouvelle technologie et se demande si un cinéma en réalité virtuelle ne pourrait pas être monté pendant le festival. Réponse de Camille : Bien sûr ! C’est le début de Diversion cinema.

Une photo du Cinema VR de Diversion cinema
Cinema VR au Dune – Credit : Diversion Cinema

Depuis ce premier cinéma VR à Cannes, en 2016, Diversion cinema a bien changé non ?

C.L : En fait, Diversion cinema n’est même pas encore réellement né en mai 2016 ! Après Cannes, d’autres festivals sont venus nous voir, nous avons eu la chance de pouvoir créer un second cinéma en Réalité Virtuelle dans le cadre de la Mostra de Venise en août de cette année-là… C’est à ce moment que nous créons Diversion cinema comme entité, car nous comprenons qu’il y a véritablement un marché et nous voulons en faire partie. Marc rejoint l’aventure. Nous structurons l’entreprise, on arrive rapidement à se salarier et nous recrutons nos premiers collaborateurs dont Stella Jacob – aujourd’hui en charge de la communication chez Diversion cinema. On travaillait dans mon salon, et l’appui de Marc a été superbe pour diversifier nos activités et grandir.

C’est une belle success stories en somme ?

M.L : Complètement, avec beaucoup de travail quand même ! Surtout nous avons pris de bonnes décisions, notamment, en 2018, celle d’ouvrir un département distribution dont l’activité est aujourd’hui le relais de croissance de l’entreprise. Paul Bouchard, qui avait déjà ouvert le département Réalité Virtuelle dans sa précédente entreprise (Wide) nous rejoint. Et nous nous retrouvons au carrefour de la création virtuelle. Nous échangeons autant avec des créateurs qu’avec des distributeurs, des producteurs et les publics ! L’équipe se renforce avec, Agata Di Tommaso qui s’occupe entre autre de la promotion de nos oeuvres à l’international à travers leur présentation en festival… Hugo Texeire se joint à l’équipe quelques semaines plus tard et s’occupe de la production événementielle.  En somme on peut dire que l’équipe est désormais stable, dans une industrie qui ne cesse d’évoluer et qui réserve encore de belles surprises.

Mostra de Venise 2016 – Credit : Diversion cinema

Qu’avez-vous appris sur cette industrie avec Diversion cinema ?

C.L : Vaste question ! On peut déjà dire qu’il est difficile d’être rentable avec de la vente de billet directement au public. De plus, plus il y a de spectateurs,  plus il faut d’opérateurs et finalement les économies d’échelle en matière de diffusion sont assez faibles. Il faut trouver des business modèles qui viennent subventionner le ticket voire même prendre en charge la totalité. Ce n’est pas un problème lorsque les casques sont utilisés comme des outils promotionnels puisque le but n’est pas de gagner de l’argent, mais bien de promouvoir un produit et de toucher une audience.

De quelle manière la covid-19 vous impacte-t-elle ?

C.L : Les évènements s’annulent ou se virtualisent. C’est dur, forcément pour notre activité de diffusion. Néanmoins, nous prenons aussi beaucoup de recul par rapport à notre activité et nous explorons d’autres modèles de distribution. Des modèles orientés sur le B2B pour mettre à disposition des casques et des expériences sur une période donnée par exemple.  L’un de ceux qui nous intriguent pendant cette période est la création d’un système d’expérience en réalité virtuelle à la demande pour des particuliers. 

M.L : Avec la pandémie, le couvre-feu, et désormais le re-confinement nous passons de plus en plus de temps dans nos habitations – et moins dans des lieux de divertissements et de culture [la fréquentation des musées a baissé de 70% depuis le début de la covid-19 en Europe].  Pourquoi ne pas faire recréer ces moments directement chez nous ? On peut imaginer que nous pourrions être prêt à payer pour disposer d’un casque de réalité virtuelle avec 3 expériences présélectionnées pour s’amuser seul, entre amis ou en famille. C’est une voie explorée par le Centre Phi à Montréal et ça pourrait fonctionner !

Et découvrir des œuvres de réalité virtuelle avant d’aller voir un film au cinéma finalement, est-ce que ça ne ferait pas sens ?

C.L : En fait nous avons observé l’inverse ! Lorsque les spectateurs se rendent au cinéma, ils ont souvent prévu leur soirée complète : d’abord un restaurant, puis un cinéma – ou l’inverse. Le cinéma n’est pas un lieu de découverte. On sait quel film on va voir, à quelle débute la séance, combien de temps il dure. On s’y prépare et dès lors il devient difficile d’y insérer un moment imprévu. 

Si l’on veut que les gens viennent voir un film en réalité virtuelle, il faut placer nos dispositifs dans des espaces associées à la découverte. Les galeries et musées par exemple. On y déambule, et on ne demande qu’à être surpris. De plus, on y est plus libre dans notre emploi du temps puisqu’il n’y a pas de séances définies. 

Qu’est-ce qui explique l’adoption assez lente de la réalité virtuelle par rapport aux prévisions ?

M.L : L’évolution est certes longue mais ça n’a rien de négatif en soi. L’industrie est encore très jeune et progresse malgré tout avec des chiffres et des faits qui montrent que nous sommes sur la bonne voie. Les casques Oculus sont régulièrement en rupture de stock et les prévisions sont optimistes. Après, de là à dire que demain, nous ferons tous des conférences en VR – nous n’y croyons pas.

C.L : Il y a eu quelques maladresses qui n’ont pas convaincus les publics, notamment en matière de communication. A Londres par exemple, lorsque les casques Oculus Go sont sortis, on voyait des affiches avec le casque partout ! Super, mais on peut en faire quoi de ce casque ? C’est comme si je vous vendais une télé sans vous montrer d’image et de contenus associés, ça n’avait pas de sens. Ça n’a pas aidé. Mais je rejoins Marc, la traction est là et chaque année l’industrie progresse, se développe, et conquiert de nouveaux territoires.

Credit : Diversion Cinema

Quelles ont été les œuvres ou les phénomènes les plus marquants pour vous ? 

M.L : C’est une question difficile ! Je pense que j’avais pris une claque magistrale avec Carne Y Arena d’Inarritu . Tide fall’s de Penrose  est aussi une très belle œuvre sur une animation réalité virtuelle linéaire) ; et puis les premiers essais qui mêlent réalité virtuelle et théâtre avec Alice, the Virtual Reality Play de DVgroup.

https://www.youtube.com/watch?v=jn_h904Zk4I
Trailer – Alice, The Virtual Reality Play

C.L : lorsque Taïwan se lance dans la production d’œuvre cinématographique en 360. On s’est retrouvés avec des production de très haut niveau qui ne laissent aucun doute sur l’avenir des films 360. 5 réalisateurs de cinéma ont eu carte blanche pour réaliser des courts métrages en 360 – les productions sont incroyables ! Et puis il y a des œuvres plus artistiques que j’ai beaucoup aimé comme Hush avec Ayahuasca – Kosmik Journey et sa direction artistique complétement folle. 

https://www.youtube.com/watch?v=qYsaAOOl6FQ
Trailer d’Ayahuasca

Justement, comme souvent les artistes semblent s’emparer aussi de la technologie ?

C.L : Oui ! La technologie infuse de plusieurs manières dans les milieux artistiques. Il y a les musées qui recherchent sans cesse de nouvelles médiations pour présenter des œuvres. On trouve des musées complétement virtuels comme DiModa. Dans les musées traditionnels, certaines expositions intègrent dans le parcours des technologies immersives. C’est le cas les expositions VR de Monet qui nous font découvrir les Nymphéas sous un nouvel angle.

M.L : Il y a aussi les artistes eux-mêmes qui explorent la réalité virtuelle. Des œuvres sont créées directement en réalité virtuelle comme 7 alchimies de Julio Le Parc qui nous transportent dans des peintures spatialisées et virtuelles, très colorées que l’on peut activer et modifier en un sens. Des productions croisent la technologie avec d’autres formats plus classiques pour donner des œuvres singulières.

La création Cosmos Within Us de Tupac Martir témoigne de cette coexistence des genres : elle permet à une personne de vivre une expérience unique, augmentée de musicien.nes live, des narrateur.rices et même une scène de théâtre. C’est super de pouvoir croiser ces univers. De manière globale, le spectacle vivant commence à s’en emparer et ça donne des résultats très intéressants : les participants en réalité virtuelle vivent une expérience et deviennent une œuvre à part entière pour ceux qui les observent sans casque. Cela pose de très bonnes questions sur l’intégration des publics dans des œuvres qui coexistent dans des univers virtuels et physiques. 

https://vimeo.com/367299986
Trailer Cosmos Within Us

il y a plusieurs mois, vous nous aviez parlé d’une plateforme en ligne en développement de votre côté… Ou en est ce projet ? 

C.L : oui, nous avion réalisé quelques demandes de subvention dont l’une pour créer une plateforme en ligne. On ne savait pas réellement ce que nous voulions faire de cette plateforme. D’un côté on aimait beaucoup ce que faisait le Museum Of Others Realities qui conçoit des galeries virtuelles à la demande et que l’on peut explorer librement bien souvent. D’un autre côté on ne voulait pas répliquer exactement le même modèle. C’est un moment pour se poser des questions, et tester de nouvelles choses…. On se laisse encore un peu de temps pour bien évaluer les besoins de nos clients et les solutions que cette plateforme pourraient offrir.  

Votre actualité du moment ? 

La création Peach Garden qui est présenté au 104 ! C’est un voyage sensoriel en en réalité virtuelle dans un jardin surréaliste. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Notre équipe devait venir en renfort de celles de Calentito et du Palais de Chaillot pour la présentation du Bal de Paris de Blanca Li au Palais à partir du 11 novembre – évènement malhreusement annulé. Pour découvrir ce à quoi cela devait ressembler, rendez-vous sur le site du Palais de Chaillot.

 

Merci à Marc et Camille pour cette mise au point. Pour en savoir plus sur Diversion cinema, on clique ici !

Pour découvrir notre retour de quelques expériences de réalité virtuelle, on clique là !

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