Dans l’article Le cercle magique, la théorie nous avons vu que le Cercle magique est la frontière entre une expérience (religieuse, sportive, immersive ou autre) et le quotidien. Ce concept recouvre 3 dimensions : la frontière physique, l’état d’esprit et le contrat social entre les joueurs. Alors c’est bien beau, mais assez abstrait tout ça ! Voici une série de conseils illustrés pour bien réussir le cercle magique de votre expérience.

Le cercle magique comme frontière physique : montrez votre univers

les selfies sont plutôt contraires au cercle magique
Vos participants sont peut-être physiquement dans votre lieu, mais ils ne sont pas présents

Conseil n°1 : Votre lieu doit avant tout guider vos participants dans le cercle magique (être plus qu’un endroit beau, cool et instagrammable)

La dimension physique de l’espace doit donc orienter vos participants. Soit pour les mettre dans le bon état d’esprit pour vivre à fond votre expérience. Soit pour les aider à comprendre ce qu’ils doivent / peuvent faire ou pas.

Un exemple cool : Escape my room à la Nouvelle Orléans (cf notre revue détaillée)

Nous entrons par une porte un peu dissimulée type Alice au pays des merveilles, puis nous arrivons dans un joli cabinet richement décoré des années 30, visiblement un atelier de parfumerie… et personne pour nous accueillir ! Nous sommes plutôt désorientés. Soudain, le téléphone sonne. Un homme nous raconte alors avec une voix très ampoulée une histoire sans queue ni tête à propos d’un oiseau et finit par nous demander si nous aurions un genre de poison pour cet oiseau. A nous de raconter n’importe quoi ! Il n’y a en réalité pas d’enjeux à cette discussion si ce n’est nous encourager nous-mêmes à être fantasques et à nous mettre dans un état d’esprit plus créatif, nécessaire pour la suite des aventures.

Ici, dès que nous passons la porte, nous savons que nous entrons dans un autre univers, et le cadre nous donne des indices sur l’ambiance : un peu rétro, un poil farfelu avec des babioles dans tous les sens, et le tout dans un cadre chaleureux. Surtout, le décors ne vient pas seul mais avec une mini-épreuve qui nous ouvre les chakras.

Le cercle magique d'escape my room
L’univers d’escape my room

Le cercle magique comme état d’esprit : aiguillez vos participants !

C’est le point le plus critique du cercle magique ! S’assurer que vos participants jouent le jeu est le point clé pour qu’ils prennent du plaisir à la vivre.

Conseil N°2 : soignez la première interaction de votre public avec votre cercle magique

En général, c’est le site internet. Il doit bien sûr permettre de trouver facilement les informations utiles, mais c’est aussi la porte d’entrée vers votre expérience !

Un exemple cool : le site internet de Tipsy tales !

Ce site est déjà en lui-même une invitation dans l’imaginaire du conte et engage l’état d’esprit individuel et collectif des futurs participants. Ici, les informations sont disséminées derrière des champignons, ou des arbres magiques, vous défilez le site en tombant dans un univers inconnu… Nous comprenons donc que nous un sommes dans un monde un peu fantastique, on accepte de croire aux lutins, aux fées, aux fantômes et autres êtres imaginaires.

Le tout sans tomber dans le piège du site incompréhensible, puisque les informations restent facilement accessibles grâce à la bannière du haut !

Conseil N°3 : designez toute l’entrée dans le cercle magique autour de cet état d’esprit

Plus facile à dire qu’à faire ! Certes. Mais les premières minutes sont clés pour faire entrer vos participants dans l’expérience.

Pour cela, appuyez-vous à la fois la dimension physique du cercle magique (conseil n°1), la première interaction (conseil n°2), et l’intégration de vos opérateurs.rices (conseil n°4). Plus concrètement, demandez-vous quel comportement vous aimeriez que vos participants aient en commençant votre expérience.

Faut-il s’ils soient heureux ? Détendus ? Intrigués ? Concentrés ? Silencieux ? Intrigués ? Intimidés ? Bavards ? Seuls ? Parler à des inconnus ? A partir de là, vérifiez en quoi votre accueil favorise ces comportements. Car entre dire “détendez-vous” et créer un environnement qui détend, il peut il y avoir tout un monde !

designer un contexte plutôt que donner des ordres
Ca ne marche pas

Un exemple cool : la pièce de théatre préuvienne Intento valiente un intento valiente de representar 30 obras en 1 hora

Avant que la pièce ne commence, nous attendons dans le hall. On peut acheter des bières, pourquoi pas ? La foule commence alors à s’accumuler et discute joyeusement. On se sent plus dans un bar que dans un théâtre.

Puis deux personnes de l’équipe attribuent à la tête un surnom à chaque membre du public ! J’ai eu droit par exemple à « Sakura » (forcément) et Yann à « guépardo ». D’autre au rat de bibliothèque, au célibataire éternel, musclor… C’est plus ou moins stylé ! Ce jeu instaure une ambiance plus détendue, les gens jettent des regards amusés sur les surnoms…

Enfin, on entre dans la salle, la bière à la main ! Le public est assis, mais on demande sa participation. L’objectif de toute cette préparation ? S’assurer que le public ne reste pas assis en silence dans son coin. Au contraire, pour cette pièce, il doit faire du bruit !

Conseil N°4 : Intégrez vos opérateurs dans le cercle magique

Les agents d’accueil font pleinement partie de votre expérience. Ce sont eux qui … accueillent vos participants (là vous vous dites que vous ne lisez pas cet article pour rien). Donc généralement, qui créent le premier contact physique ! Ils donnent ainsi beaucoup d’informations explicites et implicites auprès de vos participants : règles de sécurité, ce qui est interdit ou pas, mais donnent aussi des indices sur l’ambiance générale, le thème et le comportement à adopter.

L’exemple cool : La pièce de théâtre The Grim

The Grim est une expérience dans la ville, qui se passe dans un univers magique : dans l’entre-monde, entre le monde des vivants et celui des morts.

Le point de rencontre a lieu dans un pub comme il en existe des centaines à Londres. Les frontières entre monde réel et imaginaire sont floues, et c’est d’ailleurs ce qui fait la magie de l’expérience ! Mais comment se repérer ? C’est la personne qui nous attend qui nous fait entrer dans le cercle magique. De loin nous repérons cette personne un peu bizarre, qui cherche du regard les participants un peu perdus. Elle nous explique gentiment que nous venons de mourir et que nous allons bientôt rencontrer la faucheuse. Il y a quelques papiers à remplir : notre (faux) certificat de mort, et une (vraie) décharge à remplir, au cas où on traverserait la rue n’importe comment. Il faut également donner notre numéro de téléphone à la faucheuse, elle en aura besoin. Enfin, elle nous met en garde contre cette dernière : elle en a visiblement peur, et nous enjoint à faire profil bas devant elle.

En bref, The Grim fait un véritable mélange entre réalité et fiction dès nos premiers pas dans l’expérience.

Un exemple moins cool : L’expérience Assassin’s Creed aux Invalides

Les participants arrivent aux Invalides (un cadre qui claque tout de même), excités à l’idée de devenir un Assassin pendant une heure et… ben téléchargent une application, donnent leur ticket à un hôte d’accueil, attendent dans le froid… En bref, rien ne change pour eux, et ils ne deviennent pas les Assassins qu’ils rêvent d’incarner.

Le cercle magique comme contrat social : donnez les règles du jeu

Le contrat social c’est l’accord existant entre les joueurs de participer selon les mêmes règles. Ils peuvent venir pour des raisons différentes (avoir un premier date original, résoudre des énigmes pour les fans d’enquêtes, pour avoir des sensations fortes ou juste là parce qu’invité.e par un.e pote, pour un pari…). Mais pour que tout se passe bien, il faut que tout le monde soit d’accord sur l’ambiance générale, et créer une cohésion de groupe minimale. Pensez par exemple au monopoly : pour certain.e.s, tricher ça fait partie du jeu, pour d’autre c’est l’exclusion directe. Mieux vaut être à peu près d’accord avant de commencer à jouer ! De même, tout le monde sait que si les gens s’insultent entre eux, c’est dans l’esprit du jeu : rien de personnel à tout ça.

Conseil n°5 : Explicitez les règles à suivre et les interdits

Les expériences immersives engagent souvent à transgresser les interdits classiques (pas le droit de toucher dans un musée, pas le droit de bouger au théâtre, etc.). Il faut donc redonner ouvertement les règles de ce que les participants peuvent ou ne peuvent pas faire !

L’exemple cool : The tourist, de Hauntu

The tourist est une expérience entre la maison hantée et le théâtre immersif. Pris par la peur, les participants peuvent être amenés à s’emporter et à faire n’importe quoi. Afin de s’assurer que les règles soient claires, l’équipe a créé un court film pour expliciter les règles de base. Rapide et efficace !

Conseil n°6 : Créez un contexte qui donne implicitement les règles

Il y a l’état d’esprit que vous insufflez aux participants (partie 2), et il y a les règles que vous donnez explicitement (conseil n°5), puis il y a… le contexte que vous donnez ! En vous appuyant sur des repères culturels connus de votre public, il saura lui-même ce qu’il est censé faire ou non.

L’exemple cool : le spectacle de danse immersif belove/departed de Linked dance theater

Dans Belove/Departed, le public est invité au mariage d’Orphée et Eurydice. Le mariage est un rite que nous connaissons bien ! Ainsi, le billet pour la pièce est un faire-part, et la pièce se passe dans une église. En arrivant, le spectateur comprend qu’il doit s’asseoir d’un côté de l’église selon qu’il “connaisse” le ou la marié et assister au mariage sans trop parler.

Le cercle magique mariage
Le public a ses repères

Conseil n°7 : Clarifiez le rôle de vos participants

Si vos participants savent qui ils sont et si besoin quels sont leurs objectifs, ils peuvent par la suite faire leur vie et agir de manière indépendante dans votre monde. Le contrat social entre les participants à une expérience immersive, c’est aussi cet accord tacite que tout le monde joue le jeu et fasse semblant d’y croire. Encore faut-il que ce rôle soit clair !

L’exemple pas très cool : La pièce immersive >Krampus< à Lima

Le Krampus est un être mythique qui sévit lorsque des personnes n’ont pas respecté l’esprit de Noël. Ici, nous sommes dans un petit village dans lequel le Krampus va sévir… Mais le public n’a pas de rôle clairement défini !

Parfois nous sommes invisibles et voyeurs d’une scène sans que les personnages nous voient ; puis dans la scène suivante les acteurs s’adressent à eux comme s’ils étaient des villageois ; et dans une des scènes finales, une héroïne est emprisonnée par un monstre. Elle crie à l’aide, demande à ce qu’on la libère en tendant les mains vers le public. Mais les participants sont désorientés : sont-ils censés faire quelque chose, et agir comme le ferait un villageois ? Ou ne rien faire puisqu’ils n’existent pas dans la scène ? Les signaux sont trop contradictoires !

Par ailleurs les téléphones étaient censés être interdits. Sauf que tout le monde les avaient encore, et peu de personnes ont résisté à la tentation de prendre des photos ! Autant dire que le villageois apeuré était encore moins crédible…

Conseil n° 8 : Assurez la sécurité de vos participants et mettez-les en confiance

Attention, comprendre sécurité pour le participant comme prendre uniquement les risques qu’il est prêt à prendre. Car entre deux personnes qui assistent à une pièce immersive, un même geste de toucher d’un acteur sera perçu comme une invitation, et pour une autre comme une agression.

Certaines personnes viennent pour avoir de l’interaction et adorent avoir des moments seuls à seuls avec un acteur. D’autres ne supportent pas être le centre de l’attention et être invité sur scène est leur pire cauchemar !

L’exemple contre-intuitif : Les Immersive horror shows

Les expériences immersives d’horreur pullulent aux Etats-Unis. Et celles qui sont bien faites, comme >the Victim Experience<, sont paradoxalement peut-être celles qui prennent la sécurité de leur participant le plus à cœur.

L’objectif pour le public est de venir pour être poussé à bout dans ses retranchements physiques et psychologiques. L’intégrité physique du participant n’est pas respectée (ils en ressortent avec des bleus, des marques etc.). Mais ils sont en sécurité puisqu’ils sont toujours encadrés, surveillés, manipulés par une équipe bienveillante et empathique. Savoir que cette équipe est là pour que le participant vive l’expérience le plus loin possible sans jamais dépasser la ligne rouge est un filet indispensable. [lire l’interview de Haunting passionnante sur ce sujet si cela vous intrigue]

Le cercle magique : tout est question de cohérence

Vous l’aurez donc compris, les trois dimensions du cercle magique sont fortement imbriquées les unes dans les autres. Un maître mot : la cohérence ! Entre ce qui se passe avant votre expérience, après, l’univers que vous créez, le rôle de vos participants et l’ensemble de leurs interaction.

Et maintenant : petite mise en pratique !

Au boulot !

Trouvez des moments ou des lieux très différents que vous avez vécus qui créent un cercle magique, en dehors d’une expérience immersive.

Si vous avez déjà participé à une expérience immersive, identifiez le cercle magique ! Quelle était la frontière physique ? Comment le bon état d’esprit était-il insufflé aux participants ?

Pour ces deux cas, quels étaient les comportements autorisés et interdits ? Comment aviez-vous compris ces règles ? Y avait-il un objet qui avait une signification particulière ?

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