Les livres, le cinéma, les jeux vidéo, les musées ou les magasins peuvent être des expériences immersives. Ce sont pourtant des expériences très différentes ! Peut-être qu’il existe, alors, plusieurs formes d’immersion ? Cette série d’articles, Les formes de l’immersion, vise à décrypter les phénomènes immersifs au travers de la littérature scientifique.

L’immersion est avant tout un phénomène physique. Est immergé un corps qui se retrouve plongé dans un liquide. Aujourd’hui, nous parlons d’immersion lorsque nous avons la sensation d’avoir été plongé dans un univers totalement différent de notre réalité (d’où cette fameuse illustration de l’article).

#LaQuestiondelEpisode #1 : Une personne qui se dit avoir immergé par l’univers littéraire de Tolkien et une personne qui se dit avoir été immersion dans le jeu vidéo Counter Strike parlent-elles de la même chose ?

Peut-on dire être autant en immersion dans un livre que dans un jeu vidéo ?

Il est souvent plus facile de concevoir les jeux vidéo comme des médias très immersifs par rapport aux livres. Les jeux offrent de la vidéo, du son, de l’interaction, bref, autant d’éléments dont ne disposent pas ces feuilles de papiers reliées qui prennent la poussière sur une étagère.

Pourtant, on observe des personnes complétement scotchées à leur bouquin et qui se disent avoir été en immersion ! Seraient-ce des menteurs ?

Un fille absorbée par son bouquin sur la plage : ça c'est de l'immersion !
On a tous cette image en tête des grands lecteurs sur la plage qui ne contemplent même plus la mer !

En fait, l’immersion est avant tout un état psychologique.

Nous recherchons à nous sentir enveloppés dans une réalité complétement différente de notre monde réel et de ses limites finies.C’est ce que décrivait Janet Murray dans son livre Hamlet & the Holodeck.

« Nous recherchons le même sentiment à partir d’une expérience psychologiquement immersive qu’à partir d’un plongeon dans l’océan ou dans une piscine : la sensation d’être entouré d’une toute autre réalité, aussi différente que l’eau est de l’air, qui envahit toute notre attention, tout notre appareil perceptuel”

Murray, 1997 (Merci DeepL pour la traduction !)

Dès lors, l’immersion n’est pas l’affaire d’un média en particulier. Si un livre est capable de nous embarquer dans son univers, et de nous couper du monde extérieur le temps de sa lecture, alors on peut dire qu’il est immersif. A l’inverse, si un jeu vidéo a des graphismes incroyables mais un gameplay complétement nul, nous accrocherons difficilement.

Est-ce le même type d’immersion en fonction des médias ?

Si le jeu vidéo et le livre peuvent être des médias immersifs, ce sont tout de mêmes des médias très différents. L’un s’appuie principalement sur un récit et l’imagination d’un lecteur pour se plonger en immersion, quand l’autre a recours à des images, du son et de l’interaction.

La nature même de l’immersion doit donc être différente. Cela nous laisse à penser que nous ne devons pas parler d’immersion mais d’immersions, au pluriel.  Et, en effet, Il existe des immersions sensorielles, fictionnelles, et systémiques (Arsenault & Picard, 2008).[1]

Pour le comprendre, un petit schéma !

Il existe même des sous-catégories pour chacune de ces formes d’immersion. Il en ressort une typologie d’au moins 9 formes d’immersion différentes ! Les immersions sont donc nombreuses.

Y’a t-il alors un média plus immersif qu’un autre ?

Les types d’immersion ne sont pas exclusifs

Autrement dit, la plupart des médias. s’appuient sur un mélange de ces trois immersions. Ils sont plutôt complémentaires qu’à opposer donc. Prenons l’exemple de la cérémonie d’ouverture de la final des WORLDS, le tournoi phare du jeu League of Legends à Paris en novembre.

On pourrait dire que les participants de l’événement ont avant tout été soumis à une immersion sensorielle. Néanmoins, le show est évocateur de l’univers du jeu et, à ce titre, mobilise aussi des ressorts de l’immersion fictionnelle. Enfin, si le participant ne peut pas directement interagir avec le show, les réactions du public permettent d’accentuer notre propre immersion.

Il existe aussi d’autres facteurs et l’équation est en fait plus complexe

L’immersion dépend aussi très probablement de la dimension collective. Si l’on regarde une comédie avec une personne à coté qui ne rigole à aucune blague, cela va considérablement impacter notre plaisir. C’est exactement ce que nous expliquions plus haut avec les réactions du public dans un stade.

De plus, certaines communautés de jeu vidéo contribuent à donner au jeu son caractère immersif, en organisant des événements hors du jeu pour prolonger l’expérience dans le monde réel. La dimension sociale est donc aussi importante dans la création de l’immersion.

Ce n’est donc pas si simple de définir le niveau d’immersivité d’un média.

Non, la réalité virtuelle n’est pas pour le moment plus immersive qu’un livre

Par ailleurs, nous avons tendance, aujourd’hui, à davantage nous tourner vers la réalité virtuelle lorsque nous pensons à l’immersion.

Les promesses font en effet rêver : être plongé dans des simulations ultra-réalistes pour réaliser nos rêves les plus fous !

Mais nous n’en sommes pas encore là d’un point de vue technologique malgré de gros progrès ces derniers années, ainsi que de belles réalisations. Les technologies peuvent très certainement nous aider en renforçant l’immersion sensorielle, à condition de devenir invisible….pour laisser place à l’expérience.

Le film en réalité virtuelle Ayahuasca est une plongée psychédélique et spirituelle dans l’univers des shamans péruviens.

Le degré d’intensité d’une expérience ne dépend peut-être pas tant du média, que du contenu qui nous est proposé.

C’est notamment ce que nous expliquions dans notre article sur l’immersion et les jeux vidéo.

L’immersion étant, comme mentionné plus haut, subjective, un autre facteur qui joue grandement dans l’intensité d’une expérience… nous-même !

L’intensité d’une expérience va dépendre de sa résonance avec nos expériences passées, de notre personnalité mais aussi et surtout du contexte dans lequel nous vivons ces expériences. Lire le Seigneur des Anneaux dans une maison de campagne perdue dans la forêt n’est probablement pas la même chose que lire le même tome dans la gare bruyante au milieu d’une foule.

En conclusion

Dans cet article, nous voulions mettre en lumière la forme de l’immersion, (à défaut de la forme de l’eau…oui, nous sommes super créatifs dans cette équipe !). Il n’y a pas une immersion mais des immersions, et c’est pourquoi les situations dans lesquelles nous expérimentons ce sentiment d’immersion sont si variées.

Le fan de Tolkien et le Fan de Counter Strike parlent du même état psychologique. En revanche, leur expérience est probablement différente ! Ce qu’ils ont vécu est probablement différemment ! Reste que nous sommes curieux de voir leur conversation à ce propos 😉

Vous avez des questions sans réponse sur l’immersion ? Envoyez-les à contact@uxmmersive.com ! Elles seront peut-être traitées dans d’autres épisodes !


[1] ARSENAULT, Dominic et Martin PICARD (2008), Le jeu vidéo entre dépendance et plaisir immersif : les trois formes d’immersion vidéoludique, Ludicine.ca.

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